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Qui profite d'une pêche miraculeuse ? J'ai presque envie de répondre ceux qui n'y vont pas. Et ce n'en est pas le seul paradoxe.
Gagnent par définition ceux qui ramènent une pêche plus rentable que leur pêche habituelle. Ils ont de l'expérience, du poids, une arme adéquate et un ami sûr les protège. Ils forment l'élite de la tribu ; ils figurent parmi les sages et les nantis. Gagnent aussi les spéculateurs. A l'annonce de grands déplacements de requins, juste après l'update, ils achètent sur le marché les pirogues au prix de la veille et les remettent aussitôt en vente à un prix plus élevé. Ils encaissent, parfois en plusieurs passages, la plus-value qu'ils avaient anticipée. Ainsi, le cours de la pirogue est monté en trois sauts successifs de 600tdt environ à 700, puis à 900 et enfin à plus de 980tdt le jour de la dernière pêche miraculeuse. Bien sûr, ce phénomène a forcément une limite, car les mouvements de prix de la pirogue ont deux autres causes dont je citerai une dans ma conclusion.
A côté de ces spéculateurs-analystes qui prévoient la tendance du marché, se bouscule la masse des profiteurs de guerres comme de toute autre catastrophe, les grippe-sous du quotidien, les exploiteurs des anorexiques qui leur vendent une fourmi au prix d'un bigleux. Dès l'ouverture de la boutique à 8H et à 18H, ils font ample provision de pastèques et de feuilles de mandragores. Ils tirent leurs marges de profit de l'impatience des futures victimes qui se connectent trop tard et n'attendent pas le réapprovisionnement ou craignent que celui-ci n'ait pas lieu et que le cours de ces précieuses denrées monte encore davantage.
Donc gagnent les riches, forts et malins et perdent les imprudents et les imprévoyants. Mais, je perçois chez certains lecteurs de Phone-Planet des pupilles qui s'agitent et des sourcils qui froncent. Je vais donc répondre à leurs objections avant de poursuivre
1. Vous me dites chère amie (ou cher ami) : "Je vois où vous voulez en venir (généralement, quand quelqu'un vous dit qu'il sait où vous voulez en venir, c'est qu'il ne sait pas du tout où vous voulez en arriver), vous allez encore compatir sur le sort de ces inconscients que l'on met à chaque fois en garde contre les risques des pêches miraculeuses". Vous avez absolument raison sur un point. Sans cesse, les sages réitèrent leurs avertissements avec moult exemples à l'appui. Ils le font sans aucun doute pour le bien des plus jeunes, mais, paradoxalement, c'est dans leur propre intérêt ! Imaginez que leurs conseils soient suivis. Le nombre de requins étant fixé à l'avance, en dissuadant d'autres de participer, ils augmentent leur propre espérance d'une pêche plantureuse. Dans le même temps, les bookmakers voient s'évaporer leur clientèle avide de pastèques et de mandragores. C'est comme une loterie où la probabilité de gagner de chaque participant dépend de sa richesse. Si, à raison parce que c'est la sagesse élémentaire, les classes pauvres et moyennes s'abstiennent de participer, les riches se partageront exclusivement la cagnotte entre eux, plus aucun lot ne s'égarant dans d'autres classes de revenus. Le miracle de la pêche miraculeuse est en définitive de rendre les riches encore un peu plus riches.
2. Certains lecteurs ont réagi quand j'ai évoqué tantôt l'évolution du prix des pirogues trouvant quant à eux qu'un prix de 900tdt était bien plus normal que, par exemple, 625tdt. Ils ont en grande partie raison et je rends, une fois encore, hommage à la perspicacité des lecteurs de Phone-Planet. En effet, si on compare les rendements en valeur marchande, une pirogue vaut plus que deux fois et demie un arc qui s'échange à 250tdt.
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Toutefois, ce n'est ni la seule ni parmi les plus sérieuses des anomalies économiques de Human-Epic, mais surtout, en ce qui concerne mon propos, il s'agit dans une large mesure d'une illusion d'optique. Considérons, si vous le voulez bien, l'exemple suivant. Supposons que le prix des pirogues oscille autour de 600tdt tant que le soleil est au Sud de l'équateur et puis, qu'à partir du 21 juin, il grimpe de manière progressive en un mois jusque 1000tdt.
Durant l'hiver et le printemps, les propriétaires s'échangent leurs pirogues dont ils surveillent attentivement la durée de vie. Mises à part quelques fluctuations mineures du marché, le prix les laisse indifférents. Ceux qui partent en Egypte et qui ont acheté leur instrument de pêche l'été ou l'automne précédent perdent 400tdt, mais sur les 50 000 qu'ils devraient idéalement détenir cela ne fait guère de différence.
Je vous accorde qu'à 600tdt ceux qui sont arrivés au bout de leurs quêtes et qui fabriquent avec art des pirogues impeccables sont mal récompensés de leurs efforts. Encore faudrait-il prendre en compte leur coût d'opportunité, car, sur les 18 lunes que requiert la production de cet objet ô combien utile à la société, certains d'entre eux perdent davantage en points de santé et de moral dans des joutes ou des expéditions belliqueuses.
Au solstice d'été, le prix entre dans une phase ascendante que les propriétaires des pirogues absorbent relativement bien. La hausse est progressive et ils s'adaptent rapidement. Souvent d'ailleurs, ils en ont déjà eu l'expérience ou se sont transmis l'information. Ce qui me navre ce sont les conséquences pour tous ceux dont je ne vous ai pas encore parlé : les jeunes adultes du niveau 2.
Ils sont arrivés avec le printemps. Pour augmenter leurs recettes quotidiennes et progresser dans le jeu, ils sont décidés à investir dans une pirogue. Avec le petit pactole qu'ils ont accumulé, certains ne sont plus très loin des 350tdt nécessaires. Et tout à coup, à cause d'une flambée spéculative ou d'une pêche miraculeuse ou parce que le Soleil a décidé de se mettre la tête au frais, l'objectif qu'ils croyaient atteindre s'éloigne brutalement. Et c'est à eux que je pense et à tous ceux qui galèrent dans ce jeu.
Ceux qui peinent à écouler leurs maigres rémoras, mais voient passer comme un éclair de grasses baleines à des prix rouges encore plus gras ; ceux pour qui l'existence de capsules vomitives est aussi étrange que celle de l'antimatière ; ceux qui attendent sans trop y croire le miracle de la multiplication des têtes de truite ; ceux qui ont déjà vu des pluies de grêlons, mais jamais d'oeufs de crotale ! Sans oublier les malchanceux qui se font voler un pieu en se mettant au lit ; ceux qui ont jeté leur poisson plutôt que les vendre ; ceux qui, frappés d'une subite curiosité intellectuelle, effectuent un tri par durée quand on leur offre un poisson à 1 tdt et enfin tous ceux qu'on traumatise à la veille de chaque expédition soi-disant amicale (heureusement pas chez les Troglos,!) en leur répétant le slogan : "achetez des compétences, prenez du poids et soyez bien armés pour défendre votre tribu " alors qu'ils pas un radis devant eux.
Mais voilà que je m'emporte. Pourtant, j'ai entamé ce texte avec l'unique intention de vous dérider. Voyons! Je dramatise à l'excès. D'abord, on va probablement assister à un retournement du marché parce qu'au prix actuel beaucoup d'artisans vont se remettre à fabriquer des pirogues. Ensuite, ce ne sont que des pirogues virtuelles. Et ce n'est qu'un jeu ; cela n'a rien à voir avec la réalité. Quoique...
Patatrax
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